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Comprendre l'enjeu

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Ajouté 10-01-2020 13:26:12
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Certains s'affolent, quelques-uns pensent qu'il n'y a pas péril en la demeure, beaucoup ont peur, d'autres, les plus nombreux, n'étant pas des experts en géopolitique, n'y comprennent pas grand-chose. Ce qui est sûr par contre, ce qui se passe à notre frontière sud-est, en Libye, ne laisse personne indifférent. Rappelons les faits. En Libye, Il existe de nombreuses  lignes de fracture, notamment régionales (entre la Cyrénaïque et la Tripolitaine par exemple), mais aussi des lignes de fracture tribales et/ou religieuses. 

La Libye, depuis l’élimination de Kadhafi,  est un pays déchiré par une guerre fratricide qui oppose les troupes de Fayez el-Sarraj, chef du Gouvernement d’Accord National (GNA, reconnu par l'ONU) et ses alliés notamment salafistes (Frères Musulmans armés par le Qatar et la Turquie) aux forces du maréchal  Khalifa Haftar commandant de l'Armée Nationale Libyennes (ANL) et ses alliés (Djihadistes : dont des résidus de l'E.I. défait en Syrie, armés par les Emirats Arabes Unis et l'Arabie Saoudite).

Dans ce bourbier, interviennent aussi d'autres  groupes djihadistes aux alliances variables selon les villes : Al-Qaïda ou Ansar al-Charia qui opèrent notamment dans le sud et en Cyrénaïque (région Est de la Libye à la frontière avec l’Egypte). 90 à 95% du territoire libyen est sous contrôle des troupes du maréchal Haftar et de ses alliés, depuis avril 2019, il menace d'envahir la capitale Tripoli et, grâce à la trahison des Salafistes,  vient de conquérir  la ville côtière de Syrte. Pour ajouter à cette confusion on ne  connait  pas vraiment la situation réelle dans le Sud de la Libye, car très peu de personnes peuvent s’y rendre. Des conflits locaux se greffent au conflit national. Toubous, tribus arabes,  dont les Qadhadhfa (tribu de Kadhafi), les Awlad Suleiman et les Hodairi  (des Touaregs) s’opposent ou s’allient de manière continuelle.

Dans ce contexte d’acteurs divers et d’alliances changeantes, viennent se greffer beaucoup  de groupes djihadistes, ajoutant une note d’incertitude à la confusion générale.

La Libye est l'enjeu d'intérêts géopolitiques de plusieurs pays étrangers : Turquie, Egypte, Emirats Arabes Unis, Arabie Saoudite, Qatar et occidentaux : France, Italie, U.E., USA entre autres, chaque partie cherche à y renforcer son positionnement stratégique en soutenant l'un ou l'autre des belligérants. Pays frontaliers de la Libye, l’Algérie, la Tunisie, le Soudan, le Niger et le Tchad  sont évidemment concernés…  Paris, Moscou,  Le Caire, Abou Dhabi et Riyad soutiennent activement le maréchal Haftar, parmi les Occidentaux, la France fortement impliquée dans le combat contre le terrorisme au Sahel est le pays qui l’appui  avec le plus de conviction.

Ankara ainsi que  Doha (Qatar) et Khartoum (Soudan) ont pris position pour le GNA et Fayez el-Sarraj. L'Algérie, la Tunisie, l'Italie et dans une certaine mesure les USA (Trump soutient  la démarche onusienne dans ce dossier), sont pour des négociations entre les deux antagonistes afin d'éviter une guerre meurtrière. Les tensions survenues dans ce dossier entre d'un côté la France et de l’autre l’Italie et l’Union Européenne, ont montré encore une fois les difficultés de l’U.E à s'entendre sur une position européenne extérieure commune.  Récemment le parlement turc a autorisé Erdogan à envoyer des troupes en Libye pour soutenir le GNA de Fayez el-Sarraj auquel la Turquie est liée par un pacte d'entraide militaire. Elle pourrait ainsi établir un pont aérien entre Ankara et Tripoli pour acheminer armes et soldats (voir carte).

Actuellement des initiatives diplomatiques sont en cours pour essayer de réunir les différents antagonistes autour d'une table et établir une solution négociée. L'Egypte veut garder la main et tente de tenir l'Algérie (et la Tunisie) en dehors de ces initiatives, l'Italie et l'Allemagne de leur côté sollicitent sa participation active. La Turquie tente de rassurer l’Algérie et de l’embarquer dans une alliance contre le maréchal Haftar. Ce dernier, dans un communiqué lu par son porte-parole Ahmad al-Mesmari, vient de rejeter une proposition de cessez-le-feu formulée par la Turquie et la Russie.  Pour Haftar, la  relance du processus politique en Libye ne pourra pas être réalisée avant l’"éradication des groupes terroristes…..La dissolution et le désarmement des milices qui contrôlent selon lui la capitale libyenne" (Presse du 10.01.2020).

La guerre gronde mais n’est pas encore inéluctable.  Un conflit armé à nos frontières affaiblirait fortement l'Algérie par le danger de l’infiltration sur notre sol de combattants étrangers et par les retombées négatives sur l’économie de notre pays qui sera sous pression et en alerte permanente. La France, l'Egypte, les Emirats Arabes Unis et l'Arabie Saoudite partisans d'une guerre à nos frontières ne sont pas nos amis dans ce conflit.

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ID de l'Auteur: 25
Affiché: 63534
Expire: 10-01-2022 01:00:00

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